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Fuyant le conflit armé, les réfugiés colombiens cherchent souvent refuge à Esmeraldas, une ville équatorienne située sur la frontière avec la Colombie sur la côte de l'océan Pacifique. (Christian Fuchs/JRS)
Quito, le 14 octobre 2013 – En octobre 2008, le monde a applaudi lorsque l'Equateur a promulgué sa nouvelle constitution. Parmi les nombreuses avancées, il y avait le paragraphe 6 de l'article 416, en faveur de la citoyenneté universelle et de la liberté de mouvement à travers le monde. Malheureusement, cinq ans plus tard, le respect de ces formidables principes sous-tendant la constitution, s'avère moins évident que ce que l'on aurait pu penser au départ.

Les principes de la nouvelle constitution transcendaient le cadre juridico-politique traditionnel de l'état-nation moderne, s'orientant vers un idéal cosmopolite, profondément enraciné dans les traditions chrétiennes, kantiennes et humanistes. La citoyenneté universelle, la «liberté de mouvement», la «reconnaissance du droit à la migration», et la «fin progressive du statut de réfugié», faisaient partie des nouveaux concepts adoptés dans ce nouveau paradigme des migrations.

La constitution a souligné la nécessité d'établir un nouvel ordre juridique dans la région, au sein duquel la protection des droits humains prendrait le pas sur les contrôles aux frontières, la souveraineté politique, la sécurité nationale et autres restrictions d'un état-nation moderne.

A partir du vendredi 28 juin 2008, les étrangers demeurant dans le pays pendant moins de 90 jours n'avaient plus besoin de visas. Correa ayant déclaré que ce faisant l'Equateur «mettait un terme à cette invention du XXe siècle que sont les visas et les passeports». Un nouveau paradigme d'intégration en Amérique Latine et dans les Caraïbes semblait à portée de main!

Resserrer les politiques en matière de migration et d'asile. L'Equateur avait déjà connu une augmentation en matière d'immigration bien avant l'adoption en 2008 de la «politique des frontières ouvertes» ou de «la citoyenneté universelle». Par exemple, le Directoire National des Migrations reconnaissait qu'entre 2000 et 2006, le nombre de migrants colombiens et péruviens avait atteint les 706.399; alors qu'en 2001, 65.147 étrangers résidaient en Equateur.

Ceci dit, les choses ont rapidement empiré. A partir de 2008, des Haïtiens, des Cubains et des migrants non-américains ont commencé à arriver en nombre importants. Face à cela le gouvernement équatorien a rétabli l'obligation de visas d'entrée pour certains ressortissants: les Chinois en décembre 2009; plus tard les Afghans, les Bangladeshis, les Ethiopiens, les Kenyans, les Népalais, les Nigérians, les Pakistanais et les Somaliens en septembre 2010.

En dépit des généreuses politiques pratiquées à l'encontre des réfugiés dans le passé – l'Equateur abrite plus de réfugiés que n'importe quel autre pays de la région – les restrictions progressives ont été étendues aux demandeurs d'asile.

Alors que le décret n° 3301 de 1992, en lien avec la Déclaration de Carthagène, accordait la protection à ceux qui fuyaient les menaces, l'insécurité due à la violence généralisée, et les violations massives des droits humains, le décret de 2012 limitait l'octroi de la protection à ceux fuyant la persécution pour raison de race, de religion, de nationalité, d'appartenance à un groupe social particulier ou à une opinion politique. En d'autres termes, le décret de 2012 est beaucoup plus restrictif et ne reflète pas la réalité du terrain.

Les motifs de protection, tels qu'ils sont précisés dans la déclaration de Carthagène, sont «des points de repère dans la tradition des droits humains en Amérique Latine». Elle octroie la protection aux personnes fuyant les conflits armés et autres situations qui ne tombent pas sous le coup des instruments traditionnels de défense des droits humains, du type de la Convention des Nations Unies sur les Réfugiés de 1951. D'autres part, cette déclaration est «nécessaire pour assurer la protection de milliers de réfugiés fuyant les conflits armés et la violence généralisée, comme c'est le cas pour un grand nombre de Colombiens».

Les organisations de défense des droits humains sont tombées d'accord sur le fait que la restriction apportée à la définition du réfugié empêchera un grand nombre de Colombiens demandant l'asile en Equateur d'obtenir la protection; et qui plus est, un grand nombre de réfugiés rejoindront les rangs des sans papiers. Le resserrement des politiques en matière de migration et d'asile prouve un certain déclin de l'hospitalité équatorienne, et du respect des principes énoncés par la constitution du pays en 2008.

Wooldy Edson Louidor, Coordinateur de la Communication au sein du JRS Amérique Latine Caraïbes.