Depuis la Syrie vers la Belgique: À la recherche du trésor
08 mars 2017

Les sœurs jumelles Nagham et Shadan assuraient l'enseignement de compétences essentielles aux enfants déplacés d’un centre du JRS en Syrie jusqu’à ce que la guerre les contraigne à quitter leur pays. Elles sont aujourd’hui prêtes à renouveler le programme avec le JRS Belgium.
«Je crois que chaque enfant a un trésor en lui. Les compétences de vie sont là pour creuser et trouver ce trésor.»

Cité du Vatican, 28 février 2017 - La manifestation de narration de Voices of Faith aura lieu la Journée international de la femme. La manifestation présentera l’importante contribution que les femmes de foi ont déjà donnée et continueront à donner aux efforts de construction de la paix et de réconciliation. les sœurs Nagham et Shadan racontent leur histoire pendant la manifestacion.

«Je crois que chaque enfant a un trésor en lui. Les compétences de vie sont là pour creuser et trouver ce trésor.» Shadan exulte lorsqu’elle parle du job de ses rêves. Avec sa jumelle Nagham, elle enseigne les compétences de vie aux enfants déplacés dans un centre JRS dans leur Syrie natale, et explique qu’elle a remarqué une évolution « remarquable ».   

Après avoir été forcé par la guerre à quitter leur pays, Shadan et Nagham ont travaillé de nouveau avec des enfants au centre pour demandeurs d’asile, où elles ont vécu en arrivant en Belgique.

Et maintenant, avec JRS Belgique, les jumelles sont prêtes à répliquer le programme de compétence de vie qu’elles ont suivi auprès de JRS Syrie. Il s’agit d’une mission pour Shadan. Son visage, ses yeux, sa voix font écho à son enthousiasme, de manière contagieuse, même à travers un écran Skype un peu flou. En l’interviewant je me surprends à souhaiter d’avoir eu un professeur comme elle, il y a des années.

J’ai entendu parler de ce trésor caché en demandant à Shadan la signification de la paix. La question est motivée par l’objectif du programme de compétences de vie : « Nous allons aider les enfants à vivre en paix avec eux-mêmes, afin qu’ils puissent vivre en paix avec les autres. »

Elle a répondu : « une partie de la paix est la capacité d’être soi-même, ne pas à avoir peur d’être différent. Vous ne connaitrez la paix seulement quand vous serez sûr, profondément à l’intérieur, d’être aimé pour ce que vous êtes. Vous devez croire en vousmême, vous avez un trésor caché à l’intérieur. »

Shadan et Nagham ont commencé à travailler avec JRS Syrie après qu’elles aient été déplacés de Homs. À la suggestion du Jésuite Syrien Ziad Hilal SJ, elles se sont impliqués dans un centre à Kafroun, une ville près de Tartous, un des centres pour enfants en Syrie qui offre une éducation informelle et un soutien psychosocial. Les soeurs y ont travaillé pendant deux ans.

Comment aident-elles des enfants âgés de six à 12 ans à retrouver leur trésor personnel et à se fabriquer un coin de paix dans un pays déchiré par les conflits violents ? Non pas avec beaucoup de mots mais une série de leçons savamment préparés qui utilisent des outils pratiques pour enseigner des valeurs et des compétences spécifiques.

« Nous nous sommes concentrés d’abord sur des valeurs parce que c’est l’une des premières choses que l’on perd pendant la guerre : L’honnêteté, le respect et l’acceptation des différences. Cette dernière est vraiment indispensable parce que les musulmans et les chrétiens sont venus au centre et s’assoient dans la même salle de classe, à une époque de guerre et alors qu’ils entendent beaucoup de choses sur la religion des uns et des autres. »

Cependant l’équipe de JRS ressent très tôt « qu’il manquait quelque chose », à savoir qu’ils avaient besoin encourager les enfants à exprimer leurs souffrances. « Beaucoup d’enfants avait perdu un ou plusieurs membres de leur famille à cause de la guerre, parfois ils ont assisté à leur mort... c’est vraiment douloureux, » dit Shadan. « Nous nous sommes dit que nous avions besoin d’un moyen pour permettre aux enfants de s’exprimer et faire face à leurs sentiments. »

Ce fût une décision difficile. « Les enfants niaient leurs sentiments négatifs. Ils partageaient certaines expériences douloureuses, mais quand on leur demandait ce qu’ils ressentaient, ils répondaient : Rien. Alors nous avons essayé de les amener à admettre leurs émotions, de reconnaître que, oui, il y a de la colère. Et que faire de cette colère ? » Des films, des jeux de rôle, du théâtre, du yoga, des marionnettes... tout cela a joué un rôle pour aider les enfants à donner un sens à ce qu’il s’était passé. « Nous n’avons jamais ‘fait de leçons’ aux enfants, mais nous les encourageons à trouver la solution en eux. » 

Un an auparavant, Shadan et Nagham ont dû quitter la Syrie, voyageant le long de la route des Balkans pour atteindre la Belgique où elles ont demandé le statut de réfugié. Logées dans un centre en attendant le résultat de leur demande, elles ne voulaient que reprendre le travail. « Nous avons eu beaucoup de temps, il y avait des enfants dans le camp, et il n’y avait rien pour eux. Donc nous avons organisé des séances hebdomadaires pour les enfants venant de la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan. »

Shadan décrit ces sessions comme « vraiment spéciales ». Pourquoi, je demande. « Elles m’ont donné le sentiment d’être utile à nouveau, après tout ce temps. Et, rapidement, nous avons pu voir une différence chez les enfants. »

Un changement notable pour Shadan, c’est comment les enfants de différents pays ont commencé à jouer ensemble. « Irakiens et Syriens, par exemple, ont appris à se connaître au cours des sessions et ils ont vu que, oui, lui pourrait être drôle, il pourrait être mon ami. On les a ensuite vu jouer ensemble. » Ce fût également mouvementé, avec 40 enfants de tous âges. « Nous ne pouvions pas dire non, » se souvient Shadan. « Si nous avons dit non pour les très petits, ils pleuraient et tapaient sur la porte. Les enfants ne cessaient de demander quand était la prochaine session. »

Deux mois et demi plus tard, Shadan et Nagham ont obtenu leur protection, elles ont quitté le camp et se sont installées à Gand. Après des mois d’acclimatation à la vie en Belgique, elles sont venues visiter le bureau JRS à Bruxelles, où elles ont reçu un accueil chaleureux. JRS Belgique espère désormais soutenir des programmes de compétences de vie dans certains centres pour demandeurs d’asile et peut-être pouvoir former les Belges à cette activité.

Pour utiliser un cliché facile, c’est une situation où tout le monde y trouve son compte : JRS, les enfants réfugiés et les jumelles aussi. Shadan décrit le projet comme « un rêve devenu réalité ». Elle ajoute : « nous sommes très heureuses, c’est ce dont nous avons rêvé, c’est ce que nous aimons et ce pour quoi nous sommes douées je pense. Nous pouvons donner beaucoup. C’est pour moi un travail joyeux et avoir une chance de le faire ici est incroyable. »

- Danielle Vella





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