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Soudan : construire la paix à travers l'éducation
28 juin 2010

Après la signature de l'accord de paix en 2005 a commencé le rapatriement dans le village de Lobone (Sud Soudan) de milliers d'anciens résidents qui s'étaient déplacés dans des camps en Ouganda (Christian Fuchs/JRS)
Si le conflit recommence, il remettra en question tout ce progrès.
Jusqu'à récemment, la plupart des Soudanais du Sud n'avaient connu que la guerre. Après une génération de guerre civile, les cinq années qui ont suivi la signature de l'Accord Général de Paix (CPA) [Comprehensive Peace Agreement] en 2005 ont permis aux Sud Soudanais de faire l'expérience des bienfaits d'une paix tangible. Depuis lors, selon les estimations du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), 320.000 réfugiés et 50.000 personnes déplacées sont rentrées chez elles. La paix a apporté de nettes améliorations en matière d'éducation, de soins de santé et de services sanitaires. Le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) a contribué à ce développement en construisant des écoles, en soutenant la formation des enseignants, en fournissant du matériel scolaire, et en encourageant l'éducation des filles. 

Si le conflit recommence, il  remettra en question tout ce progrès. Après cette période de tranquillité de six ans, le CPA prévoit un référendum le 9 janvier 2011. Un grand nombre d'observateurs croient que les Sud Soudanais voteront pour l'indépendance au lieu de leur actuelle unité avec le Soudan, qui est gouverné à partir de la capitale, Khartoum. Malgré l'engagement déclaré du président soudanais Omar al-Bashir à accepter les résultats du référendum, il n'est pas certain que Khartoum accepterait vraiment la division du pays. Si le Nord et le Sud recommençaient à se battre, cela annulerait les progrès récents et ravirait aux habitants du Sud Soudan de bonnes possibilités d'avenir de paix, prospérité et sécurité.

Le gouvernement du Soudan et le Mouvement/Armée de Libération des Peuples (SPLM/A) ont conclu vingt et un ans de carnage quand ils ont mené à bonne fin la signature du CPA le 31 décembre 2004. L'accord a créé une administration semi-autonome au Soudan Sud, et l'espoir que les deux parties résolvent le reste de leurs différends avant le référendum planifié. Cependant, l'échec à résoudre des sources cruciales de tensions – comme de contrôle des ressources pétrolières, la détermination des frontières et la préparation du référendum – a gravement inquiété qu'un vote en faveur de l'indépendance puisse mener à de nouvelles guerres, plonger à nouveau le Sud dans le chaos et détruire ses récents progrès.

L'éventualité de guerre

Après le référendum, le gouvernement du Sud Soudan (GoSS, capitale Juba) et le gouvernement du Soudan (Khartoum) ne seront plus obligés de partager les revenus du pétrole comme souligné dans le CPA. Actuellement, les deux gouvernements ont des économies dépendantes de l'industrie pétrolière, et puisent du pétrole sur champs situées sur des territoires de frontière ou disputés. Si le GoSS et le gouvernement de Khartoum négociaient un nouveau pacte pour le partage des revenus pétroliers et la propriété des champs pétrolifères, cela affaiblirait significativement une des sources principales de friction et réduirait la possibilité d'un retour de la guerre. Il n'y a que peu d'espoir, toutefois, que les deux côtés adoptent un accord avant le référendum.

D'autres importantes sections du CPA n'ont pas été mises en oeuvre et menacent la paix durable. L'enregistrement des électeurs et la planification logistique sont hors-délai pour le référendum. De manière très significative, le Nord et le Sud n'ont pas d'accord sur leur frontière, et continuent à discuter cinq tronçons de cette ligne. Des efforts sont toutefois en cours pour résoudre ce différend : le vice-président du GoSS a récemment établi que le référendum doit avoir lieu sans attendre une solution au problème. Récemment, la mise en place incomplète du CPA a fait  craindre un renvoi à date ultérieure du référendum, ce qui aurait des conséquences imprévisibles.

Les luttes inter-tribales sont un autre facteur qui contribue grandement à l'instabilité du Sud Soudan. L'année dernière, des hostilités irrésolues dans l'Etat de Jonglei ont coûté 2.500 vies et 350.000 personnes se sont déplacées. Cette année, 450 personnes sont mortes et 40.000 se sont déplacées, surtout dans les Etats de Unity, Lake, et Warrap. Dans l'Equatoria Occidental, le groupe insurgent Armée de la Résistance du Seigneur (LRA) a fait de nombreuses incursions dans des villages et attaqué des réfugiés congolais. De fréquentes opérations de la LRA dans le Sud Soudan peuvent augmenter la vulnérabilité de la région à une guerre civile contre le Nord et la faire glisser plus profondément dans un conflit régional élargi avec la LRA. 

 La crainte de nouvelles hostilités entre Juba et Khartoum a attiré l'attention d'une vaste gamme d'acteurs internationaux – notamment l'IGAD, l'Union Africaine, les missions des Nations Unies, la Ligue des Nations arabes, les Etats-Unis et le Royaume Uni – intéressés à offrir leur assistance à des négociations et solutions pacifiques des différends entre Nord et Sud avant le référendum. Cet engagement maintient une lueur d'espoir de paix durable, mais qui s'affaiblit à mesure que le temps passe.

La violence intérieure, unie à la sécheresse et à des prix élevés, a causé la diffusion d'une famine répandue dans le Sud Soudan, en particulier dans l'état de Jonglei. Des luttes inter-tribales ont intensifié la pénurie alimentaire en poussant les agriculteurs à quitter leurs terres et à réduire la production agricole. De nouveaux réfugiés et des personnes déplacées dans le pays ont augmenté la pression alimentaire sur des fournitures de vivres déjà en baisse. Lisa Grande, la résidente adjointe et coordinatrice humanitaire des Nations Unies pour le Sud Soudan a appelé le comté Akobo du Jonglei «  l'endroit le plus affamé du monde », tandis que d'autres organisations humanitaires ont noté les taux élevés de malnutrition parmi les enfants. L'insécurité alimentaire continuera à se détériorer et s'ajouter à l'insécurité générale, à moins que le Programme Alimentaire Mondial (PAM) ne reçoive le soutien dont il a besoin pour intervenir. Cette aide, qui affronte des souffrances humaines et rompt le cycle entre insécurité alimentaire et conflit local, a besoin de grande attention de toute urgence.
 
Maintenir la paix

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