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République Démocratique du Congo (RDC): Les élections nationales, un test de maturité politique
28 novembre 2011

Des millions de Congolais attendant le résultat des deuxièmes élections démocratiques depuis l'indépendance en 1960. Masisi RDC (Peter Balleis SJ/JRS)
En bons politiciens ils regorgent de promesses pour faire de la RDC un pays moderne et à la pointe économique. Mais il y a de forts doutes concernant la mise en œuvre de ces promesses une fois qu'ils seront élus.
Goma, le 28 novembre 2011- Aujourd'hui, au cours des deuxièmes élections générales depuis l'Indépendance en 19960, le peuple congolais élit un nouveau Président et un nouveau Parlement.

Onze candidats briguent le plus haut poste du pays, et parmi eux il y a l'actuel Président, Joseph Kabila Kabange, qui se présente pour la deuxième fois. Il porte le numéro trois dans la liste des prétendants. Pour l'élection du Parlement, il n'y a pas moins de 18.500 candidats qui se présentent pour 500 sièges. Ce qui porte à 37 le nombre de candidats pour chaque siège de l'assemblée.

Le gouvernement congolais a mandaté la Commission Electorale Nationale (CENI) pour l'organisation des élections présidentielle et législative.

Dans un pays aussi grand que l'Europe de l'Ouest, où les infrastructures telles que les ponts et les routes, sont quasiment inexistantes dans de nombreuses régions, la CENI est confrontée à  la tâche herculéenne d'organiser avec succès cet événement si important pour la vie du pays. La communauté internationale et les pays voisins de la RDC voudraient que le pays arrive à organiser ces élections dans une atmosphère de paix et que cela fasse partie du processus de démocratisation qui est à l'œuvre dans le pays. C'est pourquoi les Nations Unies, l'Union Européenne, l'Union Africaine et la Communauté Sud Africaine pour le Développement ont offert un soutien en matière de finances, de logistique et de ressources humaines.

Il ne fait aucun doute que le succès de ces élections est une bonne chose pour le pays, la région des Grands Lacs et le continent africain en général.

Au cours des  trois dernières semaines,  la fièvre électorale a atteint des sommets. Même si tous les candidats ont fait campagne, certains ont eu des ressources financières et logistiques supérieures à d'autres. Un grand nombre de candidats à l'élection législative font du porte à porte dans leurs districts respectifs, et seul un petit nombre de privilégiés a bénéficié d'une couverture nationale à la télé et à la radio.

Comme l'a dit un commentateur de radio: «Alors que certains sont déjà sur la ligne d'arrivée, d'autres semblent commencer à peine leur campagne».

En bons politiciens ils regorgent de promesses pour faire de la RDC un pays moderne et à la pointe économique. Mais il y a de forts doutes concernant la mise en œuvre de ces promesses une fois qu'ils seront élus.

«Tous les politiques semblent subitement souffrir d'amnésie une fois élus», a déclaré» un inspecteur de l'éducation de Goma. Il semble que pour un certain nombre d'entre eux l'élection représente le moyen le plus rapide de devenir riche.

Avenir, risques et chances

Personne ne peut vraiment dire si les candidats à l'élection présidentielle et ceux qui briguent un siège à l'assemblée nationale sont au courant qu'il y a deux millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays, et des centaines de milliers de Congolais réfugiés à l'étranger. Aussi étrange que cela puisse paraître, personne n'en parle. Pour ces élections, il semble que l'argent compte plus que la présentation par les candidats de leurs plans sociopolitiques et économiques pour leurs concitoyens ou pour leur pays. Même les bons candidats qui ont de bons plans ne peuvent participer pleinement à ces élections que s'ils payent.

Dans un pays où tout un chacun pense qu'il va gagner, les candidats ont de la peine à envisager qu'ils peuvent perdre. Bien au contraire, les candidats perdants sont prompts à crier à la fraude. Dans ces élections, il n'y aura aucun perdant, mais bien plutôt des victimes  de la fraude et du sabotage électoraux.

Personne ne sait ce qui se passera après la proclamation des résultats le 6 décembre. Il parait évident qu'il y aura diverses formes de protestations, certains passeront par les tribunaux mais d'autres pourraient être tentés par la violence. En dépit des appels à la retenue et au respect de la vox populi, il y a le risque que des groupuscules indépendants tentent de manipuler les supporters de l'opposition pour créer le chaos.

Quels que soient les résultats, ces élections détermineront la stabilité politique d'une nation pour les années à venir, mais aussi le retour de deux millions de déplacés vers leurs villages pour y reconstruire leur vie dans la paix et la dignité. Ce qui est aussi le cas des centaines de  milliers de Congolais réfugiés à l'étranger et vivant en exil. Ces élections sont un test de maturité politique de l'élite nationale.

Romy Cagatin SVD, Directeur du JRS République Démocratique du Congo.

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