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Tunisie: Les réfugies ont besoin d'être réinstallés
05 juillet 2012

Une réfugiée soudanaise dit au revoir à des amis dans le camp de Shousha. Elle et sa famille ont été acceptées pour une réinstallation en Norvège. (HCR/R. Nuri)
Il est hors de question de repartir pour la Libye. Les Africains sub-sahariens y sont placés en détention et torturés.
Oxford, le 5 juillet 2012 – Au moment où la Tunisie expérimente un changement radical en matière politique, économique et sociale, il est impératif d'alléger le fardeau que représente pour le pays les personnes fuyant la Libye qui sont dans l'incapacité de rentrer dans leur pays d'origine.

Les pays voisins de la Libye n'étaient pas en capacité de proposer plus qu'un abri temporaire pour les nombreuses personnes déplacées de leurs pays d'origine ou de pays où elles avaient d'abord trouvé refuge.

«Je suis à la fois heureuse et inquiète» confie Tigil1, une jeune érythréenne de 21 ans qui vit dans le camp de Shousha au sud de la Tunisie depuis les premiers jours de la guerre en Libye et qui a été sélectionnée pour un programme de réinstallation en Australie. Elle a quitté son pays à l'âge de 15 ans, d'abord pour le Soudan puis pour la Libye.

«La vie en Libye était très dure, je travaillais comme domestique», ajoute-t-elle.

Musse a eu moins de chance. Erythréen, lui aussi, a vu sa demande de réinstallation en Norvège et aux Etats-Unis refusée et sa vie est devenue une longue attente.

«Il est hors de question de repartir pour la Libye. Les Africains sub-sahariens y sont placés en détention et torturés», explique-t-il.

Certains de ses amis sont rentrés en Libye pour prendre un bateau à destination de l'Europe.

«Ils sont désormais en Italie. Ici au camp il nous fallait attendre une solution, ils ont choisi une solution plus immédiate. Nous sommes jeunes mais le temps joue contre nous», poursuit-il.

En parlant avec ces jeunes gens, on réalise qu'un grand nombre d'entre eux sont prêts à risquer leur vie sur un bateau à destination de Lampedusa ou de Malte. Beaucoup n'ont aucune autre alternative que Shousha, ils pensent qu'ils n'ont rien à perdre.

Un séjour prolongé dans le camp de Shousha représente un risque considérable pour les familles ayant des enfants en bas âge, les mineurs non accompagnés, les personnes gravement malades, et tous ceux qui sont en situation de vulnérabilité. Pour l'instant, la réinstallation est la seule solution durable pour les réfugiés du camp de Shousha. Malheureusement, les pays européens ne se précipitent pas pour proposer des réinstallations aux réfugiés du camp de Shousha. La majorité d'entre eux est renvoyée vers les Etats-Unis.

Sachant que les plus vulnérables sont confrontés à des difficultés significatives dues aux délais de traitement des dossiers pour les Etats-Unis (la norme étant de 6 à 12 mois avant le départ). D'autre part, certaines personnes ne pourront pas faire de demande pour les Etats-Unis, la politique de ces derniers étant restrictive à l'égard de personnes perçues comme affiliées à certains groupes d'opposition. Il faut trouver des solutions alternatives pour ces personnes.

De plus en plus de personnes échouées dans le camp de Shousha rentrent en Libye en dépit des risques, mais dans le but d'embarquer sur un bateau à destination de l'Europe, même si ce doit être au péril de leur vie.

Thomas, un Nigérian, déclare: «Arrivée à Lampedusa relève de la chance. Si tu échoues, c'est ok; si tu réussis, c'est bien2. Il faut du courage pour continuer à avancer. Ici nous sommes bloqués… comment rentrer au Nigéria les mains vides? Nos familles ont payé afin que nous puissions leur envoyer de l'argent plus tard. Si au moins nous pouvions rentrer avec un peu d'argent nous aurions moins honte».

Si l'Organisation Internationale pour les Migrations et le HCR pouvaient fournir une assistance financière aux migrants, tout en les aidant à payer leurs transports et leurs papiers, ils seraient en meilleure position pour décider de rentrer au pays.

Etant donné leur proximité avec les régions affectées et leur ressources, comparativement grandes par rapport à d'autres peuples, les Etats-Unis devaient tenir un rôle prépondérant dans la réponse à la terrible situation de ces réfugiés. Les Etats-Unis sont en grande partie responsables pour, au cours des années passées, avoir ignoré la situation dramatique des droits humains en Libye, tout en cherchant d'autre part à collaborer avec le gouvernement du colonel Qadaffi pour endiguer le flot de personnes arrivant en Europe en provenance d'Afrique et d'autres pays. Les politiques des Etats-Unis ont provoqué de graves violations des droits des réfugiés, des demandeurs d'asile et des migrants.

La faible réponse des Etats-Unis en matière de réinstallation des réfugiés qui arrivent sur le seuil de l'Europe ignore le fait que certains pays européens qui ont participé avec l'OTAN aux opérations en Libye ont été partie prenante d'un conflit qui a représenté l'une des principales causes de mouvement involontaire de populations.

Amaya Valcarcel, Coordinateur International de l'Advocacy, Service Jésuite des Réfugiés

Cet article a été publiée dans La Revue des migrations forcées en juin 2012, cliquez ici pour une copie

1.Les noms des personnes ont été changés.
2.En 2011, la Méditerranée est arrivée en tête des mers les plus périlleuses du globe: plus de 1.500 personnes se sont noyées ou ont disparu (des chiffres probablement plus faibles que la réalité).

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