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Irlande: offrir un soutien aux migrantes placées en détention
10 juillet 2013

A l'image de Soeur Majella, le personnel du JRS visite chaque semaine le centre pénitentiaire de Dochas où les migrantes sont souvent confrontées au stress psychosocial. (JRS Irlande).
A leur arrivée au centre Dochas, les femmes sont souvent agressives, en colère, effrayées et agitées. Chez elles, elles ont souvent souffert à cause de la situation politique, de problèmes familiaux ou de la persécution religieuse. Certaines ont été victimes de trafiquants qui les ont introduites dans le pays contre leur volonté. Elles sont souvent traumatisées et désespérées.
Dublin, le 10 juillet 2013 – «A leur arrivée dans le centre de détention pour immigrants en Irlande, les gens sont terriblement choqués – c'est le choc de la prison – ils sont terrifiés», explique soeur Majella Dennehy PBVM. Depuis 2007, cette religieuse fait des visites hebdomadaires au nom du JRS aux migrantes détenues dans la prison pour femmes de Dochas, située à Dublin. 

En dépit de ses effets négatifs sur les réfugiés, la Loi sur les Réfugiés de 1996 (et ses amendements successifs) confère aux autorités de larges pouvoirs en matière de détention. En vue de contrôler l'immigration clandestine, la législation autorise la détention des migrants sans papiers, voire dans certains cas, celle des demandeurs d'asile, sous prétexte qu'ils sont entrés dans le pays sans avoir de papiers valides, même s'ils ont été victimes de trafic, et ce en vue de l'expulsion. 

Même si le nombre de personnes détenues pour des raisons liées à l'immigration – 2,8 % des 13.952 migrants pour l'année 2011, selon les statistiques fournies par le Service Irlandais des Prisons, et si ce nombre baisse en même temps que celui des demandes d'asile - la situation des migrants placés en détention ne s'est pas améliorée. Dans un rapport d'inspection des prisons irlandaises, publié la semaine dernière, l'inspecteur, le juge Michael Reilly, s'est déclaré «inquiet» quant aux conditions de détention dans la prison pour femmes de Dochas, et il a précisé qu'il prévoyait de faire un rapport distinct sur le centre dans quelques mois. 

Les effets psychosociaux. L'Irlande ne possède pas de centres de détention spécialisés pour la détention, c'est pourquoi les personnes détenues pour des raisons liées à l'immigration se retrouvent avec des prisonniers de droit commun. De nombreux migrants considèrent cela comme une violation de leur dignité, et de manière générale, comme une injustice. 

«Les centres de détention liées à la migration privent les personnes de leur liberté et ajoutent aux souffrances que certains ont subies dans leurs pays d'origine. En Irlande, les détenus sont placés dans des prisons ce qui représente une source supplémentaire de contraintes et d'inquiétude. Ils sont mécontents et ils insistent sur le fait qu'ils ne sont pas des criminels», explique Majella. 

«A leur arrivée au centre Dochas, les femmes sont souvent agressives, en colère, effrayées et agitées. Chez elles, elles ont souvent souffert à cause de la situation politique, de problèmes familiaux ou de la persécution religieuse. Certaines ont été victimes de trafiquants qui les ont introduites dans le pays contre leur volonté. Elles sont souvent traumatisées et désespérées. Elles se sentent piégées», poursuit Majella. 

Lorsqu'une personne est détenue contre son gré, elle considère la détention comme une punition alors qu'au départ elle n'était qu'une procédure administrative. Les études menées par le JRS et par d'autres organismes montrent que la détention a des effets profondément négatifs sur la plupart des personnes et qu'elle cause de problèmes psychologiques qui perdurent après leur libération. La majorité des détenus déclare souffrir de maladies physiques et psychologiques engendrées par l'incarcération. 

Le rapport du JRS Europe de 2010, Becoming Vulnerable in Detention, montre comment la privation de liberté «a un effet délétère sur la personne. L'environnement semblable à celui de la prison qui existe dans de nombreux centres de détention, l'isolement du monde extérieur, le flot d'informations non fiables et l'arrêt des projets de vie ont des impacts sur la santé mentale comme par exemple la dépression, le stress psychosocial, mais aussi sur la santé physique, comme par exemple la perte de l'appétit, et divers degrés d'insomnie». 

Advocacy. C'est pour toutes ces raisons que les détenus, plus que tous les autres groupes de demandeurs d'asile, ont besoin d'un lien avec le monde extérieur, un lien avec l'administration. C'est le rôle que Majella essaie de tenir depuis six ans, à travers ses visites hebdomadaires à Dochas. 

«Je considère mon rôle comme un soutien, un lien entre les femmes en détention et le personnel de la prison. Je pense que mes visites contribuent à faire baisser le stress, la peur et l'anxiété qu'elles vivent.»

Majella offre également une assistance pratique aux femmes, en faisant le lien avec les avocats, les travailleurs sociaux et les ONG du type de Ruhama, qui soutiennent les femmes affectées par la prostitution et le trafic des êtres humains, et en s'assurant qu'elles reçoivent l'aide dont elles ont besoin. 

Une fois libérées, elles ont encore besoin d'être assistées. Majella continue à aider les femmes en fonction des besoins et des possibilités. Elle visite les femmes qui ont déposé une demande d'asile en se rendant chez elles, dans les centres d'hébergement de Dublin où l'état les a placés, elle les aide à s'intégrer à la société irlandaise et elle les met en lien avec les organisations proposant une assistance. Dans d'autres situations, son action a dépassé les frontières du pays. Une fois, elle a même contacté des collègues en France pour qu'elles aident une femme demandeur d'asile en instance d'expulsion vers la France. 

Sans ce contact quotidien avec les femmes en détention, le personnel du JRS Irlande n'aurait pas conscience de la réalité de vie des migrants, alors que c'est ce qui lui permet d'entreprendre des activités d'advocacy du point de vue pratique et non purement théorique. C'est ce type de connaissance qui a convaincu l'organisation de la nécessité d'entreprendre des recherches systématiques sur la détention qui ont démontré le coût exorbitant de la détention en termes de bien-être tout en montrant aux autorités les alternatives viables. 

«La détention des migrants n'est pas nécessaire, car il existe des alternatives à la détention. De nombreux pays ont réussi à mettre en oeuvre de telles alternatives, en particulier des modèles basés sur la communauté et sur la non privation de liberté», explique Philip Amaral, le Responsable de la Communication et de l'Advocacy au sein du JRS Europe.

L'Irlande connaît aujourd'hui un mouvement croissant contre l'institutionnalisation des personnes. Reste à savoir si le gouvernement irlandais écoutera les personnes qui, comme Majella, travaillent sur le terrain et mettra en place des politiques respectueuses de la dignité humaine dans le contexte de la gestion de l'immigration. 

Kate Putney, Responsable de la Communication au sein du JRS Europe. 

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