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Asie pacifique: la détresse des Rohingya est due à l'absence de coopération internationale
19 mai 2015

Le 15 avril 2015, des réfugiés rohingyas attendent dans l'incertitude après être arrivés en bateaux à Langsa, à l'est d'Aceh, Indonésie. (Nasruddin / FPRM)
La région est face à un choix: laisser les Rohingyas seuls, ou agir en coopérant au niveau régional pour faire en sorte que priorité soit données à la dignité humaine.
Bangkok, le 19 mai 2015 – Pendant des décades, les pays de l'Asie Pacifique ont fermé leurs frontières aux migrants rohingyas, les privant ainsi du droit à la protection. Le Service Jésuite des Réfugiés s'inquiète de ce que la situation des Rohingyas se détériore rapidement et demande de toute urgence l'instauration d'une coopération internationale pour trouver une solution.

Refouler les demandeurs d'asile à la frontière, qu'elle soit terrestre ou maritime, représente une violation du principe de non-refoulement, de même pour l'expulsion de ceux qui ont droit à la protection internationale. Chris Lewa, Directeur du Projet d'Arakan – qui contrôle les mouvements des Rohingyas depuis plus de dix ans – a déclaré que «quelque 8.000 demandeurs d'asile Rohingyas et Bangladeshi pouvaient être parqués sur des bateaux dans le détroit de Malacca», incapable d'accoster que ce soit en Thaïlande ou en Malaisie.

Selon le New York Times, il pourrait y avoir quelque 20.000 personnes en mer.

«L'hospitalité et la solidarité sont deux valeurs humaines de base qui grandissent à travers l'interaction humaine et l'accompagnement de ceux qui sont marginalisés. L'heure est venue de relever le défi de la protection des personnes en grande souffrance», a déclaré Bambang A.Sipayung SJ, Directeur du JRS Asie Pacifique.

La Thaïlande et la Malaisie ont fait un premier pas en annonçant une rencontre conjointe à la fin de ce mois en vue de discussions bilatérales concernant la situation des Rohingyas et les trafics d'êtres humains entre les pays voisins.

A l'arrivée des Rohingyas en Indonésie, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés , la société civile et le gouvernement local, leur fournissent immédiatement des vêtements, de la nourriture et d'autres aides afin de parer à leurs besoins immédiats. Même si ces initiatives locales représentent un bon début, elles ne compensent pas l'absence d'approche régionale unifiée.

Les pays de la région devraient souscrire aux engagements contractés dans le cadre de la Déclaration de Djakarta. Le numéro sept de la dite déclaration stipule:

«Nous soulignons l'importance d'identifier des moyens concrets sur place pour renforcer la coopération entre les états concernés par la gestion des arrivées clandestines par voie de mer, y compris par le biais d'une approche régionale orientée vers la protection des personnes.»

D'autre part, la déclaration envisage des actions pour protéger les migrants dans le cadre du point C, y compris «par la mobilisation de ressources destinés à une gestion efficace des migrants clandestins et de la protection des victimes»; tout en «améliorant la communication et la coordination pour soutenir les recherches et les sauvetages en mer, le débarquement, l'accueil, le traitement, et autres». Ce sont là quelques-unes des recommandations que le JRS prie instamment les signataires de mettre en œuvre.

Les états et les organismes régionaux tels que l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) doit étendre la protection aux plus vulnérables, parmi lesquels se trouvent les Rohingyas.

«Nous sommes témoins d'une situation très dure dans l'ASEAN», a déclaré Charles Santiago, législateur malaisien et membre du Parlement de l'ASEAN pour les Droits Humains. «Les leaders de l'ASEAN ne peuvent ni ne doivent se cacher derrière la notion de non-ingérence», a-t-il déclaré, avant de qualifier le flot de réfugiés fuyant le Myanmar de «catastrophe humaine».

L'heure est venue de manifester notre solidarité avec les Rohingyas et avec les autres migrants qui depuis si longtemps subissent le rejet et la persécution. En les laissant souffrir et périr en mer, la communauté de l'ASEAN dans son ensemble, donne une bien piètre image d'elle-même. La région est face à un choix: laisser les Rohingyas seuls, ou agir en coopérant au niveau régional pour faire en sorte que priorité soit données à la dignité humaine.

Nick Jones, Service Jésuite des Réfugiés de l'Asie Pacifique, Responsable de la Communication et de l'Advocacy

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