Ce site utilise les types de cookies suivants: navigation / session et analytique aussi de tiers. En cliquant sur "Plus d'informations", vous affichez les informations étendues sur les types des cookies utilisés et vous pouvez choisir de les autoriser ou non en naviguant sur le site.
PLUS D'INFORMATIONS
x
Mexique: la présence et l’écoute sont importante
05 novembre 2014

Zerene Haddad (à droite) discute avec Aziza, une réfugiée syrienne qui s'occupe de la crèche du JRS dans le village de Kafar Zabad dans la plaine de la Bekaa. (Peter Balleis SJ / Le Service Jésuite des Réfugiés)
L'accent est mis sur la présence, sur le fait d'être avec plutôt que faire pour.
Mexique, le 5 novembre 2014 – Notre travail au Le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) nécessite que nous apportions des habilités, des connaissances et des compétences professionnelles dans notre service avec les réfugiés. Cependant, en plus d'un savoir-faire technique et d'une solide capacité de gestion, le JRS a besoin de membres d'équipe qui sachent ce que veut dire accompagner les autres et qui mettent ce savoir en pratique. Comme Anne-Elisabeth de Vuyst le souligne dans sa réflexion, La présence et l'écoute sont importantes, l'accompagnement est la «pierre angulaire» du JRS.

En prenant exemple sur Jésus comme compagnon compatissant des pauvres et des marginalisés, elle offre des suggestions stimulantes sur la façon d'améliorer l'accompagnement, comme: apprendre à écouter, être disponible et apprendre à recevoir aussi bien qu'à donner. Elle conclut en réfléchissant à l'accompagnement entre les membres des équipes du JRS: quand la communauté naissante est capable de partager les joies et les souffrances des réfugiés, le JRS donne le meilleur de lui-même.

J'avais quitté la pièce où je venais de dire adieu à un ami qui était mort quelques jours plus tôt. Dans mon chagrin, je ne faisais pas attention à ce qui m'entourait. Du coin de l'œil, j'ai aperçu quelqu'un qui se détachait d'un groupe d'amis pour venir vers moi. Nous avons marché ensemble, en silence, vers la maison où nous logions.

Le simple geste de cette amie est resté ancré en moi, même si je n'ai compris que des années plus tard qu'il s'agissait «d'accompagnement». Le fait de marcher tranquillement avec moi m'a dit que je comptais, que mon chagrin était partagé. Savoir que vous n'êtes pas seul est une expérience transformatrice parce que vous savez, avec certitude, que vous comptez aux yeux d'autres.

La présence est importante. Avoir conscience de la présence des autres, de leur attention, peut parfois être notre besoin le plus pressant. Jésus, pendant les heures précédant son arrestation et sa mise à mort, sortit prier. Mon âme est triste à en mourir (Matthieu 26, 38), la seule chose qu'il demanda à Pierre et à Jean fut de rester et de veiller avec lui.

Quand je suis entrée au JRS, j'ai découvert que l'accompagnement est la pierre angulaire de la mission. L'accent est mis sur la présence, sur le fait d'être avec plutôt que faire pour.

Se connaître les uns les autres. Il est important de permettre aux personnes de nous connaître et de se faire connaître. J'ai eu le privilège de commencer mon service avec le JRS dans un camp de réfugié guatémaltèque au Mexique; privilège parce que le camp, Quetzal Edzna, permettait aux membres de l'équipe du JRS de vivre parmi les réfugiés. C'est là que le mot «accompagnement» est devenu vivant et concret pour moi. En partageant quotidiennement la vie des réfugiés, nous avons appris où aller chercher de l'eau, du bois et de la nourriture et à participer aux tâches quotidiennes. Plus important encore, la confiance et le respect mutuels ont grandi. En partageant les joies et les peines des réfugiés, nous sommes devenus leurs compagnons.

Apprendre à écouter. Isaac était un homme guatémaltèque âgé qui était dans le camp depuis déjà sept ans quand nous nous sommes rencontrés. Chaque après-midi, il s'asseyait sous le même arbre, quelquefois avec un ou deux de ses arrière-petits-enfants, mais sinon seul pour la plupart du temps. Un après-midi, je me suis joint à lui et nous sommes restés assis en silence à l'ombre. C'est devenu un rituel quotidien: peu de mots prononcés, seulement un silence agréable. Un après-midi, il m'a raconté son histoire. C'était une histoire de souffrance et de trahison, une histoire profondément enfouie au fond de son âme, le poursuivant la nuit, une histoire qu'il n'avait encore jamais eu le courage de raconter. «Je te raconte», me dit-il, «parce que tu es le seul qui ne m'a posé aucune question.»

En étant avec les réfugiés et les demandeurs d'asile, y compris les détenus, vous apprenez l'importance de l'écoute, une écoute attentive et sans jugement, qui communique que la personne et son histoire sont importantes. Rien ne nous rapproche davantage de Jésus que d'apprendre à écouter et à regarder avec attention les visages des personnes en souffrance que nous rencontrons. Nous apprenons à marcher aux côtés de ces personnes comme il l'a fait sur la route vers Emmaüs (Luc 24, 13-35). En marchant avec les deux disciples, Jésus a écouté en silence leur histoire, et il s'est identifié à eux. Il n'y avait pas de condamnation, pas de blâme. Jésus a attendu, et quand le moment est venu, il s'est révélé à eux et a encouragé les disciples à devenir des témoins de sa résurrection. Ils ont alors pu retourner à Jérusalem et annoncer la bonne nouvelle: Nous avons vu le Seigneur!

Être disponible. Être un compagnon signifie être disponible. Saint Thomas D'Aquin a dit: «Le Verbe s'est fait chair pour être disponible». Tandis que Jésus marchait sur les routes de Palestine, il n'avait pas de gardes du corps ou de serviteurs, seulement des disciples. Les disciples, a dit Jésus, devaient accueillir le royaume de Dieu comme un enfant ou ils n'auraient jamais pu y entrer (Marc 10, 15). Vous ne pouvez pas être un disciple du Christ si les enfants ont peur de jouer devant votre porte. Dans le camp, nos portes étaient toujours ouvertes. Il y avait un va-et-vient continu de personnes, certaines en difficulté, d'autres simplement pour dire bonjour ou pour demander comment ça allait. Mais le plus marquant, c'était les nombreux enfants qui passaient leurs têtes par la porte et nous fixaient en souriant. Des visites comme celles-là ont porté à de nouveaux et solides liens d'amitié.

Accepter l'hospitalité. Accepter l'hospitalité est aussi un signe d'amitié. En lisant les Évangiles, nous découvrons que Jésus a apprécié la compagnie d'amis et a dispensé nombre de ses enseignements en leur présence. Il a souvent été vu à des fêtes – à celle de Marie et Marthe, de Zaché et de Simon.

Dans un camp de réfugiés, la nourriture n'est pas abondante, et les rations sont données en fonction du nombre de membres dans les familles. Toutefois, les personnes qui ont peu souvent savent comment accueillir les autres et célébrer. Clarisse était une réfugiée rwandaise dans un camp au Malawi. Elle nous a accueillis chaleureusement dans son humble foyer, une hutte avec des murs faits de blocs de béton et la terre offrant un sol naturel. La table grossièrement rabotée était couverte d'une nappe blanche et agrémentée de tas de fleurs colorées. Clarisse a partagé avec nous tout ce qu'elle avait et, avons-nous suspecté, plus que ce qu'elle avait habituellement. Elle a parlé de son voyage, qui avait été plein de difficultés dépassant notre imagination. Malgré les épreuves évoquées, sa voix était pleine de joie et de reconnaissance. Notre journée avec Clarisse nous a donné l'impression d'avoir reçu bien plus que ce que nous aurions jamais pu lui donner. Nous étions là, avec toutes nos ressources, mais ce jour-là, c'est Clarisse qui nous a accompagnés.

Devenir une communauté. Après des années de vie et de travail ensemble au sein d'une équipe du JRS, des liens se créent et nous devenons une communauté. Le pape Jean- Paul II a décrit cela comme une «spiritualité de la communion... la capacité d'être attentif à nos frères et sœurs les considérant donc comme une partie de moi, pour savoir partager leurs joies et leurs souffrances, pour deviner leurs désirs et répondre à leurs besoins, pour leur offrir une amitié vraie et profonde. Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir surtout ce qu'il y a de positif dans l'autre, pour l'accueillir et le valoriser comme un don de Dieu: un «don pour moi», et pas seulement pour le frère ou la sœur qui l'a directement reçu. Une spiritualité de la communion, c'est enfin savoir «donner une place» à nos frères et sœurs, en portant «les fardeaux les uns des autres».»

Vivre comme Jésus a vécu. Vivre comme Jésus a vécu signifie le connaître personnellement à travers l'expérience. Il s'agit d'un voyage d'amitié. Cela signifie perdre sa vie pour finalement la retrouver. Cela signifie être dernier et devenir premier. Cela signifie chercher et trouver. Cela signifie donner et recevoir.

Donnez et on vous donnera; c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu'on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c'est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous. (Luc 6, 38)

La bonne nouvelle est que Dieu appelle chacun d'entre nous à être un compagnon de Jésus. Notre appel est de suivre le chemin qu'il nous indique, à ses côtés et aux côtés de ceux que nous servons comme il les aurait servis.

Anne-Elisabeth de Vuyst SSMN
JRS Amérique Latine,
JRS Afrique Australe et
JRS Europe (1991-2013)
Lire la suite