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Jordanie: partager la souffrance et les succès au sein de différentes communautés de réfugiés
23 octobre 2014

A Amman, une étudiante du JC:HEM prépare un devoir pour son cours en arts libéraux, tout en appréciant le calme avant que les autres n'arrivent en classe (Zerene Haddad/Service Jésuite des Réfugiés)
Si j'acceptais d'être un outsider, sans accès l'éducation supérieure, j'anéantirais toute chance d'un meilleur avenir.
Amman, le 23 octobre 2014 – La ville où je vivais est située en plein cœur de la Syrie. Notre quartier était proche d'une zone loyale au gouvernement syrien, et en fin de compte cela nous a valu bien des désagréments. Au cours de l'été 2011, mes camarades et moi-même n'étions que des élèves étudiant en vue de nos examens et n'attendant qu'une chose: les grandes vacances d'été. Ce devait être mon dernier été syrien.

Au lieu de trainer dans les rues avec mes amis toute la journée, nous avons été pris dans la crise syrienne. Nous entendions parler d'événements se passant ailleurs, mais dans un premier temps nous n'avons rien fait. Et puis un jour, les habitants de notre quartier ont décidé de faire un sit-in dans le principal square de la ville pour manifester pacifiquement suite à la mort de sept personnes. Le sit-in commença dans l'après-midi; les organisateurs avaient prévu une durée de trois jours. Des centaines de personnes venues des quatre coins de la ville nous ont rejoints.

Je me souviens du calme qui régnait dans la ville, et ce jusque tard dans la nuit lorsque les tirs commencèrent à fuser. Les gens couraient en tous sens, en criant à l'aide. Les femmes et les enfants criaient car les tirs fusaient de tous côtés. Le lendemain un groupe d'hommes armées est venu dans notre quartier et a arrêté la plupart des jeunes gens qui avaient participé au sit-in.

La situation s'est alors détériorée et nous avons vite compris ce que signifiait être bombardé. En tant qu'élève, mon seul souci concernait la destruction de mon école. Je ne savais ni ne pouvais comprendre pourquoi ils voulaient détruire nos futurs leaders et nos futures forces vives. Douze mois plus tard, un groupe d'hommes favorables au gouvernement est venu dans notre quartier et a annoncé à l'aide d'un haut-parleur: «Toutes les familles doivent quitter le quartier sous peine d'être tuées. Demain matin nous serons là et nous espérons que vous serez tous partis».

A ma connaissance, trois personnes ont décidé de ne partir et je n'en ai plus jamais entendu parler.

Ma famille et moi avons quitté le quartier et, pendant un temps, nous avons vécu dans un autre quartier de la ville. Par la suite nous sommes partis pour la Jordanie, parce la vie devenait trop dangereuse. Au cours du voyage vers la Jordanie je regardais par la fenêtre, j'étais heureux de partir, heureux à la pensée de rencontrer d'autres personnes.

Il nous a fallu commencer par reconstruire notre vie en Jordanie. Je me renseignais auprès de mes condisciples concernant la vie en Jordanie, les pratiques culturelles et autres. En règle générale, en tant que famille nous sommes un groupe flexible, je savais que nous n'aurions pas trop de difficultés à vivre dans une société nouvelle et différente de la nôtre.

L'arrivée massive de Syriens a modifié l'attitude des Jordaniens à l'égard des nouveaux arrivants. Ils ont cru que ces derniers venaient prendre leurs emplois et faisaient grimper le coût de la vie. Je pense que c'est la raison pour laquelle les Jordaniens ont commencé à nous traiter comme des étrangers.

La vie en Jordanie ne ressemble en rien à ce que j'imaginais. La vie est tellement différente par rapport à la Syrie et tout est hors de prix. Pour commencer, je devais travailler car personne ne nous aidait financièrement. Je renonçais à l'idée de poursuivre mes études et je commençais à travailler. Après un moment, j'ai réalisé que ce n'était pas la bonne attitude. Si j'acceptais d'être un outsider, sans accès l'éducation supérieure, j'anéantirais toute chance d'un meilleur avenir.

Heureusement ma mère a trouvé un programme d'apprentissage que j'ai pu intégrer en tant qu'enseignant bénévole; et elle m'a également parlé de l'éducation en ligne organisée par le Service Jésuite des Réfugiés (JRS), le Jesuit Common Higher Education at the Margins (JC:HEM). Au départ je craignais de ne pas pouvoir retourner en classe à cause de mes horaires de travail, fort heureusement, le JC:HEM est fait pour des personnes qui doivent continuer à travailler tout en étudiant.

Mon premier jour de cours au centre d'apprentissage du JRS fut extraordinaire: j'ai rencontré des personnes de différentes nationalités. Je me sentais très proche d'eux, parfois plus proche d'eux que certaines personnes qui font partie de mon quotidien. Peut-être que le fait de traverser une crise rapproche les hommes.

Nous avons tant de choses en commun. Nos histoires sont quasiment semblables. Nous sommes confrontés aux mêmes défis et les mêmes choses nous font souffrir. Nous n'avons pas le droit de travailler. Les réfugiés ont beaucoup de problèmes pour obtenir un permis de travail en Jordanie. Nous nous démenons pour poursuivre nos études. Nous nous sentons mis à l'écart, emprisonnés par toutes ces règles.

Toute personne devrait travailler dur pour obtenir ce qu'il ou elle veut. Et c'est rassurant de penser que tant de personnes veulent aider les réfugiés. Sachant que l'essentiel doit être accompli par les réfugiés eux-mêmes, afin qu'eux-mêmes et leurs communautés puissent se tenir debout.

Après avoir terminé deux certificats diplômants, je suis fier de pouvoir dire que j'ai pu intégrer le programme de trois ans d'éducation en ligne. Je suis aussi fier de mes progrès en langue anglaise, désormais je peux communiquer avec de nombreuses personnes originaires d'autres pays du monde. L'apprentissage d'une autre langue m'a permis d'améliorer ma communication et m'a ouvert l'esprit. J'espère qu'un jour je pourrai quitter la Jordanie et étudier dans une université américaine ou européenne.

Mohammed  Aboud *

* Le nom a été changé par mesure de sécurité