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Italie: sans travail, qu'est-ce que je peux faire?
03 novembre 2014

Des migrants gagnent un peu d'argent en vendant des marchandises au marché de Catane, Sicile. (Oscar Spooner/Service Jésuite des Réfugiés)
Rescued – What next? Protection seekers stranded in Sicily
Soccorsi e poi? Voci di rifugiati arrivati in Sicilia
Même quand nous avons reçu nos papiers, il n'y a pas de travail. Sans travail, ces papiers sont comme invalides – qu'est-ce qu'on peut faire avec ça? J'ai des papiers maintenant, mais je vais où? Cela trouble mon esprit chaque fois. J'ai quitté ma femme et mes enfants il y a deux ans et demi, je n'ai pas encore d'argent à leur envoyer, je ne sais pas ce que je fais.
Sicilie, 3 novembre 2014 – Le besoin le plus urgent des migrants que nous avons interviewés en Italie méridionale est de travailler – même le désir d'obtenir des papiers est étroitement lié à la possibilité de trouver du travail ensuite. Au point que certains migrants qui étaient encore dans l'attente de leurs papiers nourrissaient des expectatives peu réalistes sur le travail qu'ils trouveraient après les avoir reçus.

Pour ceux que nous avons interviewés, travailler signifiait bien plus que simplement survivre et occuper son temps, mais symbolisait l'espoir dans l'avenir, pour leurs familles, pour la réalisation de leurs rêves. Toutefois, même si les réfugiés sont plus que désireux de travailler, trouver du travail est très difficile en Sicile.

A cause de la crise économique italienne et du taux de chômage en Sicile, en forte croissance, c'est difficile pour tout le monde de trouver du travail. Les statistiques officielles du chômage sur l'île varient de 21% à près de 35%. Beaucoup moins de travail est disponible maintenant, et 73.000 postes de travail ont été perdus en 2013 seulement. Dans un tel scénario, les chances d'être exploités sont élevées: pas de contrats, pas de sécurité et de bas salaires, outre à de longs horaires et de mauvaises conditions de travail, surtout dans le secteur agricole.

Exploitation. Des milliers d'immigrants en Sicile et dans d'autres lieux de l'Italie méridionale sont exploités pour les travaux agricoles saisonniers, dans le cadre d'une pratique criminelle connue sous le nom de caporalato. Fleurissant dans des régions où la criminalité organisée et le marché noir prévalent, le caporalato est fondamentalement une façon illégale, pour les employeurs, de recruter de la main d'œuvre: ils engagent un caporale qui trouve les travailleurs et les amène au poste de travail. Ceux-ci doivent travailler de longues heures dans de mauvaises conditions et le caporale prend un massif pourcentage de leurs salaires, quelquefois plus de 50%. Il n'est pas surprenant que ce soient habituellement des «personnes invisibles» comme les migrants qui sont la proie de cette exploitation. Comme le dit Fabrizio Gatti, un journaliste qui a fait une enquête sur le caporalato, «les gens qui n'ont pas de travail acceptent de travailler dans des conditions extrêmes, même au point de ne gagner que 50 centimes l'heure. Souvent ils ne sont même pas payés à la fin de la semaine.»

La recherche a décrit le caporalato comme étant «un commerce florissant» avec des «conditions de travail indécentes» dans l'industrie agricole de Catane. Cela est dû, en partie, au fait que beaucoup d'entreprises sous-traitent leur commerce, en courant le risque que des réseaux illégaux s'introduisent. Dans la ville de Catane, à l'aube, des camions s'arrêtent à des points de rassemblement, entre la gare et le port, pour embaucher des migrants et les emmener cueillir des produits agricoles comme les tomates cerises, dans des fermes voisines. Le caporale prend un pourcentage sur leurs maigres salaires, pour le déplacement, pour la bouteille d'eau et le panino (sandwich), pour presque tout. Les migrants disent qu'à la fin de la journée, ils n'ont que cinq ou six euros pour leur dur labeur. Le chef anti-mafia régional dit que cela mène à une guerre entre pauvres, «entre ces étrangers condamnés à endurer des humiliations et une exploitation indicible et les travailleurs agricoles locaux, qui sont obligés de rester inactifs, expulsés d'un marché de travail agricole déjà précaire.»

Témoignages


Michael:
«Même quand nous avons reçu nos papiers, il n'y a pas de travail. Sans travail, ces papiers sont comme invalides – qu'est-ce qu'on peut faire avec ça? J'ai des papiers maintenant, mais je vais où? Cela trouble mon esprit chaque fois. J'ai quitté ma femme et mes enfants il y a deux ans et demi, je n'ai pas encore d'argent à leur envoyer, je ne sais pas ce que je fais.»

Samir:
«J'ai fait de mon mieux pour trouver du travail mais ce n'était simplement pas possible… Je me suis enregistré ici à Catane, je me suis enregistré au CARA de Mineo, [un centre d'accueil pour demandeurs d'asile], j'ai écrit là mon curriculum vitae et ils ont promis de trouver du travail pour nous mais ne l'ont jamais fait. Je suis allé dans plusieurs endroits pour demander du travail mais je n'ai rien trouvé.»

Jawad: «J'ai un statut de réfugié, je vis en Italie depuis plus de sept ans mais je n'ai encore rien, je ne connais pas mon avenir, ce qui se trouve devant moi, parce que je ne sais pas quoi faire. Là où je regarde, devant, derrière, à côté, tout est bloqué. La situation en Italie est très dure. Depuis que je suis arrivé quand j'avais 16 ans, j'ai vécu en Sicile, à Rome et puis de nouveau en Sicile. Je fais des travaux occasionnels à droite et à gauche mais la vie est difficile. Ce que je gagne maintenant ne couvre même pas le loyer. Ma famille doit m'envoyer de l'argent de l'Afghanistan pour payer le loyer. Est-ce que ma famille doit m'envoyer de l'argent pour le reste de ma vie? J'ai un diplôme de chef de pâtisserie italienne mais je ne trouve pas de travail. Je vais au bureau de l'emploi et, avant que je n'arrive à frapper à la porte, on me dit qu'il n'y a rien. C'est difficile de trouver un vrai travail parce que la plupart des employeurs refusent de faire un contrat, ils peuvent trouver autant d'employés qu'ils veulent; ils te disent que ce qu'ils offrent c'est à prendre ou à laisser et ils peuvent te jeter dehors quand ils veulent.»

Abraham: «J'ai mes papiers maintenant donc tout est en ordre, mais je n'ai toujours pas de travail. Quand le Centro Astalli [Bureau du Service Jésuite des Réfugiés Italie] m'a demandé si je voulais suivre un cours de soignant j'ai pensé: Pourquoi pas? Cela peut m'aider a trouver du travail… c'est trop difficile sans ça. La Sicile a des gens très bien, et Catane est un bon endroit pour vivre, mais sans travail, qu'est-ce que je peux faire? Je trouve quelquefois du travail journalier, mais je n'ai jamais réussi à trouver un vrai travail. J'ai cherché du travail dans tant d'endroits, tous les jours je vais au Bureau de l'emploi, mais quand ils téléphonent pour s'informer, personne ne répond. C'est le plus grand problème que j'ai maintenant.»

Adam:
«On m'avait dit que si j'avais mes papiers, on me donnerait un endroit où loger, donc j'attends ça. Après je voudrais aller dans une auto-école; parce que dans mon pays, mon métier était de conduire des poids lourds.»