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Malte: j'ai été en prison…
01 mai 2015

L'art du désespoir: des dessins de détenus dans un camp à Benghazi
The full report "Beyond imagination: asylum seekers testify to life in Libya" is available here.
Si vous n'avez pas d'argent pour payer pour votre liberté, ils vous maltraitent.
Valletta, 1er mai 2015 – A partir du moment où ils traversent la frontière du territoire libyen, les Africains subsahariens courent continuellement le danger d'être arrêtés et placés en détention préventive – par qui, ce n'est pas toujours clair. Les arrestations sont systématiques aux points de contrôle gérés par les milices à l'entrée des villes et des villages et dans les principales voies de communications.

Toutes les personnes qui ont été interviewées décrivent le temps qu'elles ont passé en Libye comme une suite de périodes en détention, d'un «trou» à un autre. La confusion qui règne en Libye a rendu difficile l' identification des ravisseurs: ils pourraient faire partie des forces de l'ordre officielles, ou d'une des milices – quelques-unes sont affiliées à l'Etat, d'autres non. D'autres fois, les ravisseurs étaient de puissants civils qui commandaient leurs propres bandes de malfaiteurs et qui enlevaient tout simplement les demandeurs d'asile pour obtenir des rançons exorbitantes. Ce qui est effrayant, c'est que cela est parfaitement possible dans la situation d'illégalité qui règne en Libye.

Quelquefois, les demandeurs d'asile ont été vendus par leurs trafiquants à des Libyens sans scrupule avant même leur arrivée en Libye, et ils étaient pris tandis qu'ils traversaient la frontière. D'autres ont été arrêtés après leur entrée sur le territoire libyen et emprisonnés. Dès qu'ils réussissaient à sortir d'une prison, les demandeurs d'asile étaient souvent arrêtés ou enlevés et emprisonnés de nouveau. La seule solution était de payer ou de s'enfuir. Mais beaucoup n'avaient pas les moyens de continuer à payer pour leur liberté une fois, deux fois, trois fois, et une tentative de fuite qui échouait résultait en de terribles punitions.

Selon Amnesty International, depuis 2012, le Département libyen de lutte contre la migration irrégulière (DCIM) a pris le contrôle des lieux de détention précédemment gérés par des milices, et, depuis la moitié de 2013 gère 17 camps qu'on appelle «holding centres» à travers le pays, dans lesquels de 4000 à 6000 demandeurs d'asile, réfugiés et migrants ont été détenus. Les conditions de détention ont ostensiblement amélioré quelque peu: meilleure nourriture, plus d'accès aux soins médicaux, rénovations. Ce n'est toutefois pas du tout suffisant. Entre-temps, un nombre inconnu de détenus continue à être retenu par des milices locales dans des camps gérés de manière improvisée et sans aucune supervision officielle.

Témoignages

Mehari: “Nous avons été pris à Sabha, nous étions environ 130, et emprisonnés dans un édifice privé. Ils appelaient «colonel» l'homme qui nous avait arrêtés et commandait à des gardes; il nous a demandé de payer 1500 $ chacun. Il a mis trois hommes de notre groupe dans un grand réfrigérateur pendant plusieurs minutes et a mis les autres devant, pour regarder, afin de nous effrayer et de nous faire payer. Il nous a donné un portable, nous pouvions téléphoner où nous voulions pour organiser le transfert d'argent. J'ai appelé l'Erythrée et j'ai arrangé le paiement, et après avoir reçu la somme,  l'homme a organisé le transport jusqu'à Tripoli. Dès que nous sommes arrivés dans la ville, tandis que nous attendions que quelqu'un vienne nous chercher, nous avons de nouveau été arrêtés.»

Dahabo, 60 ans: «En Libye, vous n'êtes pas en sécurité. Quelqu'un va vous attraper, et puis vous devrez donner de l'argent, mais ensuite on vous passe à quelqu'un d'autre et vous devez payer de nouveau, c'est un business. Si vous ne payez pas, vous restez enfermé. Dès que nous avons quitté le désert et que nous nous sommes approchés de la ville de Sabha, le passeur qui nous avait emmenés nous a remis à quelqu'un d'autre qui nous a enfermés dans une maison avec des gardes armés jusqu'à ce que nous puissions payer.

«Un homme de notre groupe a essayé de s'échapper, mais ils ont tiré sur lui et l'ont tué. J'ai vu ça de mes propres yeux. Je n'ai ni argent ni famille mais au bout de deux mois, les personnes avec qui j'étais ont réussi à réunir la somme entre eux et ont payé pour ma liberté.»

Tesfay: «J'ai été dans trois différentes prisons entre janvier et juin 2013, toutes gérées par des soldats ou la police.»

Sahra, 17 ans: «Quand vous entrez en Libye, ils vous vendent entre eux. Si vous n'avez pas d'argent pour payer pour votre liberté, ils vous maltraitent.»