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Malte-Libye: «C'est mon pays, je fais ce que je veux»
21 mai 2015

Le camp "Libye libre" est géré par une brigade de la milice révolutionnaire près de Benghazi, juin 2012
The full report "Beyond imagination: asylum seekers testify to life in Libya" is available here.
L'homme en charge a tiré sur certains tandis qu'ils couraient.
La Valette, 4 mars 2015 – Les demandeurs d'asile venus de Libye, que nous avons interviewés, ne savaient pas toujours exactement qui les avait emprisonnés, même si les gardiens portaient des uniformes militaires, étant donné que les miliciens les portaient aussi. En tout cas, le commun dénominateur du traitement auquel ils ont été soumis dans tous les lieux de détention était l'impunité dans laquelle ils agissaient. En un mot, les gardiens pouvaient faire exactement ce qu'ils voulaient sans devoir apparemment rendre des comptes à qui que ce soit.

Tous les gardiens n'étaient pas méchants. Les demandeurs d'asile ont été clairs là-dessus, et ont parlé d'un gardien qui avait donné un coup de téléphone à une ambassade en leur nom, et un autre qui avait acheté une savonnette pour quelques-uns d'entre eux. Toutefois, les demandeurs d'asile dépendaient complètement de l'humeur de leurs ravisseurs, souvent avec de graves conséquences.

Témoignages

Abuubakar: «Il y avait un bon Samaritain dans la milice, il a dit ‘Ce sont des musulmans, laisse-les tranquilles'.»

Farah: «Les hommes de la milice sont hors du monde, ils peuvent vous faire ce qu'ils veulent verbalement, sexuellement, mauvais traitements physiques, n'importe quoi.»

Testay: «Les gardiens se comportaient différemment, certains te battaient et te maltraitaient, d'autres étaient OK. Certainement, ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient avec vous, personne ne les contrôlait. Ils avaient l'habitude de nous maltraiter juste pour s'amuser;ça dépendait de leur humeur, pas parce que nous avions fait quelque chose de mal. Par exemple, s'ils nous emmenaient aux toilettes et pensaient que cela prenait trop de temps, ils se fâchaient et nous frappaient, si simple que ça. Ou s'ils nous appelaient pour le petit déjeuner et que quelqu'un ne s'empressait pas, ils se mettaient en colère.»

Mehari: «On nous battait trop à Tweisha. Beaucoup de personnes ont été blessées. Ils n'avaient pas de raison de nous battre à part jouir du fait qu'ils violaient notre dignité; cela semblait leur donner du plaisir.»

Yohannes: «A Ajdabiya, les gardes avaient l'habitude de battre les gens pour rien, et si quelqu'un demandait pourquoi ils faisaient cela, ils tiraient dans leurs jambes. Ils nous frappaient avec n'importe quel objet qu'ils avaient en mains.»

Sahra, 17 ans: «Quand nous avons traversé la frontière, ils nous ont pris et nous ont dit que nous devions payer pour être relâchés. Nous étions environ 60 dans la prison. Quelques-uns d'entre nous n'avaient pas d'argent et ils nous ont fait courir tout autour comme punition, pendant des heures. Mais nous ne recevions pratiquement ni nourriture ni eau, comment pouvions-nous courir? J'en ai vu quelques-uns tomber morts. L'homme en charge a tiré sur certains tandis qu'ils couraient.

Quand il a tiré sur eux, il nous a tous menacés. «Si vous ne faites pas tout ce que je vous dis, vous mourrez comme ça, je tirerai sur vous tous. Cet homme – il avait un uniforme militaire – choisissait une femme chaque nuit. Une fois, ça allait être moi, mais les autres l'ont prié de ne pas me prendre parce que j'étais malade…pas parce que j'étais jeune, ça n'avait pas d'importance que j'étais jeune. Les gardes nous battaient sans aucune raison autre que «Vous n'êtes pas chez vous ici. Ceci c'est mon pays et je peux faire ce que je veux.»

Ils m'ont frappée à la tête et j'ai eu des maux de tête tout le temps. Nous avons quitté la prison quand un autre homme nous a achetés et nous a conduits à Sabha, où nous avons été mis dans une vieille maison, et de nouveau ils nous ont dit que nous devions payer, que nous devions appeler notre famille dans les deux heures pour qu'ils envoient de l'argent, sinon nous serions punis. Je n'avais pas l'argent, donc je me suis enfuie.»

Bereket: «Ils ont tiré sur moi en prison à Sabratha le 24 juin 2013.Quelques personnes - je n'étais pas avec elles - ont essayé de s'évader à l'heure du dîner, qui était pratiquement le seul moment où nous pouvions sortir de nos cellules. Ils avaient protesté contre les dures conditions de vie en prison. Les gardes ont tiré sur eux pour les empêcher de fuir et j'ai été touché. Ils n'ont pas tiré en l'air mais directement sur nous. La balle était dans un côté de ma jambe, juste au-dessus de ma cheville. Au bout de quelques heures, les gardes m'ont emmené à l'hôpital.»